jeudi 4 juin 2015

Challenge Morwenna's List : Les dépossédés - Ursula Le Guin

Je vous ai parlé du roman Morwenna il y a peu.
Dès le roman terminé, j'avais sauté sur google pour récupérer la liste des oeuvres citées, et me lancer dans la lecture de quelques unes de ces références. Internet étant un lieu merveilleux, je ne suis évidemment pas la seule à y avoir pensé, et la Prophétie des ânes a carrément lancé un challenge.

Du coup, je me lance, niveau Poul Anderson, et je commence par :

Les dépossédés d'Ursula Le Guin


Quatrième de couverture

Sur Anarres, les proscrits d'Urras ont édifié, il y a cent soixante-dix ans, une utopie concrète fondée sur la liberté absolue des personnes et la coopération. Ce n'est pas un paradis, car Anarres est un monde pauvre et dur. Mais cela fonctionne. A l'abri d'un isolationnisme impitoyable qui menace maintenant la société anarchiste d'Anarres de sclérose. Pour le physicien anarresti Shevek, la question est simple et terrible. Parviendra-t-il, en se rendant d'Anarres sur Urras, à renverser le mur symbolique qui isole Anarres du reste du monde ? Pourra-t-il faire partager aux habitants d'Urras la promesse dont il est porteur, celle de la liberté vraie ? Que découvrira-t-il enfin sur ce monde d'où sont venus ses ancêtres et que la tradition anarrestie décrit comme un enfer ? Avec Les Dépossédés, Ursula Le Guin a écrit, au-delà d'une utopie qu'elle qualifie elle-même d'ambiguë, un important roman politique comme la littérature américaine en a peu produit depuis Le Talon de fer de Jack London.


Ce que j'en ai pensé 

J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman, tout d'abord parce que j'ai trouvé ça très bien écrit, et ensuite, parce que j'ai trouvé la thématique très intéressante.
Il est difficile de parler du roman sans en dévoiler les mécanismes. En effet, ce livre est décrit comme une utopie. Anarres est un monde "parfait", où chacun est l'égal de l'autre, sans sexisme, sans pouvoir supérieur, la contre partie est une vie simple et difficile : la planète est désertique.
Mais évidemment rien n'est parfait. Si en surface, Anarres semble idyllique, on y retrouve des luttes de pouvoir, une certaine oppression qui ne rentre sûrement pas dans les principes édifiés par Odo, femme révolutionnaire et maître à penser des Anarresties. Et Urras, cette antre du capitalisme est de la débauche est-il aussi terrible qu'on le décrit? N'y retrouve-t-on pas des similitudes avec Anarres? Comment trouver le juste milieu, sans sacrifier son idéologie? Et d'ailleurs peut-on faire confiance à une idéologie, n'est-ce pas là sacrifier sa liberté?

Le roman est un matériel de réflexion vraiment très intéressant. On peut se pencher sur les mécanismes de la politique, de la révolte, de l'administration, leurs utilités et leurs travers. 

Mais ce qui m'a le plus marqué, c'est l'aspect "féministe" ou du moins "égalitariste" de l'histoire. Les femmes peuvent tout faire comme les hommes. Peu de plafond de verre, travaux physiques et difficiles, éducation des enfants, enseignements, médecines, sciences dures : hommes et femmes y participent à parts égales... Et croyez le ou non, ça m'a paru à la fois évident et totalement surréaliste : évidemment que les femmes sont tout aussi capables que les hommes dans tous les domaines, et vice-versa, mais d'un autre côté, ça se vérifie tellement peu sur Terre en 2015...

Par ailleurs, le roman propose également de très belles réflexions sur l'humain en général, sa capacité à aimer et à faire souffrir, à traverser la vie.  C'est une lecture assez difficile à retranscrire, car très cérébrale et très personnelle finalement. Je pense que chacun en aura une lecture différente, en fonction de sa propre orientation politique, de sa manière de considérer les relations... pour moi c'est un livre caméléon. 

Je vais me repencher sur l'avis de Morwenna à son sujet, pour comparer nos réflexions !

Je vous laisse avec un extrait marquant, et je vous retrouve la prochaine fois avec ma chronique sur Triton de Samuel Delany.

- La souffrance est un malentendu, dit Shevek, se penchant en avant, les yeux larges et clairs.

- Cela existe, dit Shevek en écartant les mains. C'est réel. Je peux l'appeler un malentendu, mais je ne peux pas prétendre qu'elle n'existe pas, ou cessera jamais d'exister. La souffrance est la condition de notre vie. Et quand elle arrive on le sait. On reconnaît que c'est la vérité. Évidement, il est bon de soigner les maladies, d'empêcher la faim et l'injustice, comme le fait l'organisme social. Mais aucune société ne peut changer la nature de l'existence. Nous ne pouvons pas empêcher la souffrance. Telle ou telle douleur, oui, mais pas la Douleur. Une société peut seulement supprimer la souffrance sociale, la souffrance inutile. Le reste demeure. La racine, la réalité. Nous tous ici allons connaître le chagrin ; si nous vivons 50 ans, nous aurons connu la douleur durant 50 ans. J'ai peur de la vie ! Il y a des fois où je suis... où je suis très effrayé; Tout bonheur semble futile. Et pourtant, je me demande si tout cela n'est pas un malentendu - cette recherche du bonheur, cette crainte de la douleur... Si au lieu de la craindre et de la fuir, on pouvait... la traverser, la dépasser. Il y a quelque chose au delà d'elle. C'est le moi qui souffre, et il y a un endroit où le moi... s'arrête. Je ne sais pas comment le dire. Mais je crois que la réalité-la vérité que je reconnais en souffrant et non pas dans le confort et le bonheur-que la réalité de la douleur n'est pas la douleur. Si on peut la dépasser. Si on peut l'endurer jusqu'au bout.

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